Sara Fratini

 

 

 

 

NOTES SUR MON TRAVAIL

Me cacher dans des espaces mystérieux, habités. Suggérer une présence de l’absence. Jouer à entretenir un dialogue. Conter des secrets par des objets volés à mon quotidien, dans leur banalité et charge de symbole (une tasse, le reflet d’un miroir, un lustre, une clé tombée par terre, un divan...).

Architecture et photographie font partie de mes outils. Je mets en place des situations dans l’espace, je crée des simulacres, des mises en scène ; j’en étudie le cadrage et la lumière. Instantanéité de la photo et « théâtralisation » du réel sont les préliminaires indispensables à ma peinture.

Parfois un jeu sur l’image s’installe qui donne origine à un travail en série. Ce travail reste souvent ouvert. Rien n’est dit et rien n’est caché. L’image est élaborée dans un processus de construction et déconstruction, vers une forme d’ambiguïté entre apparition et disparition, entre voilement et dévoilement, affirmation et incertitude.

Sara Fratini

 

Objets au bord de l’horizon : la peinture de Sara Fratini


Objets, mais pas seulement : car l’objet seul meurt du regard qui le fixe. Le quotidien se répète à en mourir : il faut lui inventer des jeux.


Et l’on se demande alors, est-ce la lumière qui fait tomber ce verre de la table ? Et de quel son résonnent ces poignées de porte dont l’ombre fait écho ? Et pourquoi cette bougie se nomme-t-elle obstination ? (Jeux Quotidiens, 2014).


Objets extraits du monde mais seulement pour les y replonger. Ce bol de café, ce nombril, cette clé perdue appartiennent à un monde si vaste qu’on y voit les nuages d’un ciel (Divination 2014), la lune (Origines 1,2, 2014) et l’incertain horizon qui se précise et se colore et dessine une géométrie de la transcendance (« Tandis qu’on cherche la clé dans l’horizon », 2014).


Ainsi la florentine Sara Fratini, architecte et photographe,  s’inspire de la Renaissance, de ses points de fuite, de ce quotidien qui devenait visible alors enfin, mais surtout de l’infinie variation de ses figures. Car, dans ses Series, ce peintre peint le temps, celui qui s’intensifie ou s’éteint au gré de la lumière (Séquences, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 2013) ou se perfectionne à force de métamorphoses : 25 « Options » pour un instantané (2013). Dans ce temps des merveilles, l’animal sauvage habite la sacristie (Sacristie 5, 2012), et le labyrinthe devient jeu d’échecs comme dans une tempête shakespearienne. (Labyrinthe 2016).


A partir de la maquette d’un décor de théâtre, « le rêve » prend le relais « au coin du feu » (2016) et  s’élèvent les flammes blanches et grises des drapés où se devine  la forme humaine.


La forme humaine : toujours d’abord une ombre qui pourrait si vite disparaître (Viens 2013), comme un personnage dans un film de Tarkovsky. Mais l’icône chamarrée naîtra du fusain noir  et blanc. Le visage va-t-il s’effacer dans le rêve du livre ouvert (Disparitions 2012) ou  apparaîtra-t-il à l’ombre d’un lustre si baroque (Apparitions 2013) ? De la bouche il ne reste sous le masque anti-pollution que le secret de poisons invisibles (Secrets 1, 2, 3, 2014)  et d’un corps drapé seuls les pieds s’aventurent vers le regard (Interruptions 2013). Mais la mer dévoile la nudité des corps sculptés (Sgretola la malinconia, bellezza antica ripescata nel mare 2015) et dans des vagues de draps défaits,  bougent  des formes amoureuses (Perturbations 1, 2, 3, 4, 5, 2013).


Objets au bord de l’horizon, repères des regards qui osent s’y perdre.


Margaret Jones-Davies